Memory

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Film américanoaffiche memory-mexicano-chilien de Michel Franco-100’

A New-York, Sylvia (Jessica Chastain), la quarantaine, est employée dans un centre social pour personnes handicapées retraitées. Le soir, elle participe à des réunions des Alcooliques Anonymes (A.A) où elle confesse son passé d’alcoolique ; elle a arrêté de boire à la naissance de sa fille Anna (Boorke Timber), il y a treize ans. Sylvia est une mère célibataire qui s’entend très bien avec Anna qu’elle accompagne tous les matins à son lycée. Hormis son travail d’assistante sociale, attentionnée avec les résidents, elle est mutique, renfermée, et se cloitre à double tour dans l’appartement coquet qu’elle occupe avec Anna. Elle mène une existence monacale.

Sylvia est conviée à une fête d’anciens élèves de son lycée. Elle hésite, puis s’y rend sans entrain. Durant la fête où elle refuse plusieurs boissons, ne buvant que de l’eau, elle est approchée par un homme grand, barbu qui s’assoie à côté d’elle. Il ne dit mot ; l’observe avec insistance. Gênée par cette intrusion, elle quitte précipitamment la fête. L’homme la suit à distance dans la rue, le métro et jusqu’au bas de son immeuble situé dans un quartier excentré de New-York.

L’homme campe au pied de l’immeuble. Au matin, malgré le froid, il est endormi recroquevillé sur le trottoir. Il s’appelle Saul (Peter Sarsgaard) et soutient qu’il ne connait pas Sylvia …

Memory est le dixième long métrage du cinéaste mexicain Michel Franco (44 ans). Nous l’avons découvert en 2012 avec Despues de Lucia, un film sombre sur le harcèlement scolaire d’une lycéenne de la part de ses camarades de classe. Sujet prémonitoire, très actuel ! La coloration des autres œuvres du réalisateur et scénariste mexicain, est mélodramatique, voire oppressante. Memory ne dépare pas de sa filmographie, mais le traitement de l’histoire est moins morbide, moins angoissant. Il y a, dans son dernier opus une lumière, absente dans ses autres longs métrages, qui sans cela aurai eu rang de « téléfilm dramatique artésien ».

Le sujet (tous les scénarios des films de Michel Franco sont de lui), est la confrontation entre deux êtres dont les mémoires divergent : Sylvia, sous une conduite routinière, cache un traumatisme profond lié à son enfance puis à son adolescence. Saul à l’air bonhomme est atteint d’une maladie dégénérative : il n’a aucun souvenir de son passé, oublie le présent. Mémoire vive douloureuse contre mémoire morte insensible.

L’histoire de ces deux personnages principaux, autour desquels gravitent la fille et la sœur cadette de Sylvia, le frère de Saul, etc. aurait pu être fastidieuse. Il n’en est rien grâce à deux composantes : primo, le traitement des scènes, courtes qui s’emboitent comme un puzzle que l’on découvre dans le déroulé du récit ; secondo, l’omniprésence de Sylvia et de Saul sur l’écran comme les deux facettes d’un unique problème : la mémoire.

Jessica Chastain (Sylvia) et Saul (Peter Sarsgaard) sont les interprètes inspirés de Memory. Leurs jeux respectifs tout en finesse, variations, (surtout Jessica Chastain, frémissante) portent l’histoire.

Avec Memory, Michel Franco nous propose un film tout en subtilité, en pudeur, sur un sujet « plombant ». Ce point est à noter car nous sommes abreuvés, plus qu’à notre tour, de mélodrames peu inspirés (scénario, fabrication). En sélection officielle à la 80ème Mostra de Venise, Peter Sarsgaard a été récompensé de la coupe Volpi (Meilleure interprétation masculine). Jessica Chastain méritait tout autant.

Jean Louis Requena

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